

Le premier ministre français doit rêver d’un article 49.3 pour faire taire les médias qui donnent une majorité de voix aux minorités de l’assemblée nationale. M. Villepin n’a sans doute pas non plus suffisamment d’étudiants à calmer avec le bras de fer sur le CPE. Le fer est incandescent et la presse souffle de l’oxygène sur ce brasier alimenté par des étudiants politisés qui défendent la précarité du chômage contre celle d’un premier emploi. Ces étudiants, qui depuis 1968 n’ont perdu aucune épreuve « de force », connaissent une seule devise : « feu le ministre ».
Pourtant, Dominique de Villepin a décidé d’accélérer le rythme de sa campagne pour l’emploi, au prix d’une impopularité qu’il pense éphémère. Il la cultive même à l’étranger depuis ses interventions sur les OPA Arcelor et Suez. Et le Président Chirac de nier tout protectionnisme français à l’occasion de sa visite en Allemagne mardi dernier.
Depuis le 1er mars plus de 500 articles français citent le groupe Suez. Mais Villepin est présent dans 80 articles alors que le président de Suez, M. Mestrallet n’est cité que 32 fois malgré la présentation des résultats annuels de son groupe. A ce jour, la proposition des pouvoirs publics pour fusionner GDF et Suez devient aussi un scénario moribond. Les fronts politiques italien mais aussi belge réclament l’indépendance des marchés pour que l’énergéticien Enel puisse lancer son OPA sur Suez avec un ensemble de banques italiennes. Même si l’envie semble leur passer. Les autorités espagnoles emboîtent le pas des Français pour défendre leur souveraineté énergétique représentée par Endesa qui fait l’objet d’une OPA de la part du géant allemand Eon.
Espérons que cette crise fusionnelle invite autour de la table à Bruxelles des partenaires européens qui ne construisent plus grand chose depuis le Non français à la constitution. Les mois à venir vont permettre de faire converger les points de vue des grands pays européens pour assurer l’indépendance de leur énergie après une année 2005 qui a vu s’envoler le prix du baril de pétrole. Alors les leaders nationaux s’accorderont pour construire ce géant européen capable de résister au géant américain GE où aux puissances asiatiques émergentes.
Il faudra toujours convaincre les syndicats qui ne soutiennent même pas le protectionnisme du premier ministre. Car ils savent d’abord que de la fusion coule toujours des vagues de licenciements mais surtout que le rapprochement Gaz de France - Suez équivaudrait à une privatisation déguisée. C’est à dire une perte des avantages sociaux de quelques milliers d’agents. Mais à l’automne prochain, la campagne pour les présidentielles sonnera l’heure des premiers candidats officiels. Le gouvernement arrêtera tous les projets qui fâchent. Et les marchés retrouveront la liberté de négocier avec Suez la meilleure offre pour les actionnaires.