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7 septembre 2010
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renseignement économique - imprimer cet article  La grippe aviaire est une plus grande menace aujourd’hui qu’hier.
Publié le 05/05/2006, par Bertrand Dussauge

 

L’observatoire mondial de la nutrition et de la santé a permis d’analyser le basculement de la perception du risque de la grippe aviaire en France. Les enjeux économiques et sociaux ont pris la place du risque de pandémie.

Le 19 février dernier la presse francophone a publié plus de 2300 articles en deux jours à la suite de la découverte du premier canard (sans jeu de mots) décédé du virus H5N1, dans l’Ain. Au total, plus de 4900 articles ont été rédigés par les médias français en février soit près du double que le mois précédent. Dans un premier temps, les éditorialistes ont rapidement traqué chaque jour les mesures de prévention (abattages de volailles, périmètres de sécurité, confinement, vaccins..) et la coordination des laboratoires vétérinaires nationaux.

La crainte économique et sociale

Les jours suivants, les reporters ont traité cette crise internationale sous l’angle essentiellement économique en mesurant les actions politiques vers la filière avicole. Les pouvoirs publics ont propagé ce discours "rassurant" en rappelant que la France était le premier exportateur européen de poulets.

(GIF) La perception des journalistes français, toujours sensibles aux aides de l’état, a basculé d’un risque probable de pandémie humaine depuis le mois de septembre à un risque économique et social immédiat. La comparaison du poids de certains mots clés dans les médias depuis le mois de janvier illustre cette substitution d’intérêt entre les décès humains et les éleveurs. La propagation médiatique a soulagé l’opinion publique déjà turgescente, avec la crise sociale liée au CPE. La pression des syndicats (FNSEA) sur la commission européenne, relayée par les ministres de l’agriculture, a permis d’obtenir le droit de dégager des aides nationales pour soutenir les éleveurs et même l’ensemble de la filière avicole. L’épizootie française semble avoir été maîtrisée par les sentinelles vétérinaires et les différentes organisations de surveillance de la faune sauvage durant tout le mois de mars.

La propagation de l’épizootie progresse

Pourtant, la presse annonçait le quatre-vingt dixième décès humain et de nombreuses découvertes du virus H5N1 en Afrique.

Cependant, tout ce qui a été écrit depuis huit mois, notamment sur le risque de mutation du virus pour une transmission humaine reste vrai et d’actualité. S’il n’est pas trop surprenant que la France ait été capable de contrôler la contamination de ses volailles, grâce à son expérience douloureuse de la vache folle, c’est une autre méthode qu’il faudra appliquer en cas de pandémie. Cette méthode dépendrait alors de l’autorité du ministère de l’intérieur.

Les premiers cas humains dépistés en France pourront faire évidemment l’objet d’une mise en quarantaine, mais toutes les personnes ayant été en contact avec les malades ne pourront être identifiées. De plus, aucun vaccin ne pourra être mis au point avant l’analyse de la souche du virus durant plusieurs semaines.

A force de lire et d’entendre, à raison, qu’il n’y a aucun risque à consommer de la volaille cuite et que les éleveurs seront indemnisés, les journalistes français et leur audience ont oublié leur psychose collective depuis l’entrée du H5N1 en Turquie. Cette information anxiogène était aussi alimentée par les campagnes des laboratoires qui ont réalisé des records de vente de Tamiflu aux Etats européens et asiatiques au cours du dernier trimestre 2005.

Cette perception positive, bien évidemment souhaitable, est pourtant irrationnelle au regard des statistiques qui ne cessent d’augmenter le risque de transmission à l’homme de manière proportionnelle à la propagation de l’épizootie dans le monde. Et là, les mesures d’aides financières internationales tant attendues depuis des mois : livraison de vaccins ou indemnisation des éleveurs, sont presque inexistantes pour tous les pays pauvres récemment touchés par le virus comme l’Inde ou plusieurs pays africains. L’épizootie va donc encore s’étendre à l’étranger avant de nous menacer à nouveau sur le territoire. Le son des clochettes du muguet nous aura distraits durant cette pause médiatique.













 

 

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