

Création de valeurs européennes
Lors du dernier débat organisé le 6 juillet dernier pour les membres de l’Institut Montaigne, le journaliste Philippe Manière avait invité MM. Pascal Lamy, Philippe Camus et Guillaume Sarlat, le rapporteur du groupe de travail sur « ce que Bruxelles doit vraiment faire ». Il convient de retenir que José Manuel Durao, nouveau président de la Commission européenne, est invité à mettre en place une nouvelle politique de concurrence. Elle devra plus tenir compte des gains économiques que peuvent générer les fusions que des éventuelles concentrations de pouvoirs sur le territoire européen. Pascal Lamy souligne que cette culture est émergente car, dit-il, sur 2500 opérations de fusion en 20 ans, vingt seulement ont été refusées comme celle de Volvo-Scania. En effet, les nouveaux groupes ainsi formés accroissent leur concurrence face au reste du monde. Les avantages sont souvent certains pour les européens car ces fusions développent les interpénétrations industrielles entre les pays membres. Philippe Camus soulignait le cas d’Airbus qui représente le premier monopole européen avec des sous-traitants anglais, allemands, italiens, espagnols et mêmes américains. Bruxelles se plaît à défendre les intérêts d’Airbus face à Boeing.
Contrôle des subventions et de la protection sociale
Même si l’économie européenne vit actuellement à 90% sur elle-même, la croissance de la Chine, l’Inde et la Russie va modifier ce ratio. C’est pourquoi, la même rigueur du contrôle européen des subventions nationales doit être imposée aux états non membres qui commercent avec l’Europe. Car la délocalisation de l’industrie américaine se déroule dans des pays qui bénéficient de certaines subventions nationales spécifiques. Les exonérations récupérées par les filiales de ces entreprises devraient s’ajouter dans le calcul des avantages concurrentiels acquis dans leur pays d’origine.
Enfin la dérégulation des marchés publics doit être accompagnée d’une politique sociale et territoriale volontaire. C’est sans doute le ciment de l’identité européenne qui édifiera un sentiment de fierté entre tous ses citoyens. Car les plus défavorisés verront leur liberté et leur santé protégées dans une communauté pacifique. C’est pourquoi Philippe Camus reste persuadé que la montée des nationalismes ne trouvera son faîte qu’avec des entreprises nationales pan-européennes. L’Europe souveraine et vainqueur aura aussi exporté ses valeurs chez ses principaux partenaires.