

Depuis le mois d’août les médias français, suivis par la presse espagnole se font largement l’écho du risque de pandémie de grippe aviaire en Europe. La péninsule ibérique voit réapparaître le spectre de la grippe espagnole qui avait décimé les populations de l’Europe du sud au début du XXe siècle.
L’observatoire de l’information sur l’alimentation et la santé (dietobservatory.info) a identifié deux messages anxiogènes, repris à plus de 35% dans les 1947 articles parus depuis le 21 août à partir de 3500 sources médias : la mort ou la pandémie et la difficulté de produire des vaccins en quantité suffisante dès l’analyse d’une souche de virus. L’idée de contrôler les oiseaux en migration a été largement reprise aussi.
Depuis un mois, les lecteurs les plus exposés à cette campagne d’alerte sont les parisiens ou les habitants des grandes communautés urbaines. Les titres français les plus prolixes sont, dans un ordre décroissant : AFP, Les Echos, le Figaro, le Parisien, le Monde et Libération. Les Echos sont en tête en raison de l’enjeu économique avec les plus grands laboratoires qui apportent la seule solution rassurante pour les populations, comparée au contrôle des frontières ou des oiseaux migrateurs. La presse spécialisée est encore discrète contrairement au cas de l’obésité. La presse locale est à l’origine des messages mais reste en retrait par rapport aux titres nationaux, en raison de l’enjeu plus économique.
La pression des médias français a pour objectif de mobiliser les pouvoirs publics pour « obliger » les laboratoires à s’engager sur un volume de production d’antiviraux considérable dans un temps extrêmement court. En clair, la pandémie promise en Europe par les médias américains et australiens pourrait être stoppée si l’assistance publique et les laboratoires étaient capables d’identifier le virus avant qu’il ne contamine une trentaine de victimes afin de vacciner 20000 personnes dans la région touchée. Car, les molécules antivirales sont la seule prévention possible pour l’homme. Deux produits en contiennent le Relenza de GlaxoSmithKline et le Tamiflu de Roche. Les médias d’Asie du Sud-Est rapportent la pression des gouvernements de douze pays asiatiques qui souhaitent constituer des stocks de Tamiflu et obtenir l’autorisation de produire un générique.
Analyse du comportement des médias sur le thème de la grippe aviaire :
-Origines : Le DietObs a analysé 1947 articles parus entre le 21 août et le 16 septembre derniers. Au cours de cette période, le DietObs remarque deux pics de propagation les 21 août et le 10 septembre. Les messages alarmants sont imprimés le 21 par des journaux locaux comme SwissInfo, le Midi Libre ou La libre Belgique. Le président de l’OMS à Genève confirme le besoin de vigilance accrue et la production insuffisante de vaccins. Les médias francophones sont pessimistes, en particulier les canadiens qui parlent de pandémie inévitable. L’Europe serait déjà touchée avec le Kazakhstan et la Finlande.
Solutions : Le 10 septembre, l’agence de presse chinoise Xinhua annonce les mesures préventives décidées par la Suisse. La presse spécialisée précise qu’il y a déjà des ruptures de stocks de Tamiflu, la seule solution proposée aux Européens. Très rapidement, diverses actions sont mises en place : mise en quarantaine des poulets en Hollande ; prélèvements d’oiseaux migrateurs en Scandinavie, production de Tamiflu... L’encre continue de couler dans les imprimeries, entretenue par l’annonce des décès en Indonésie de près de quatre personnes. Mais des experts confient aux journalistes l’inéfficacité de telles mesures par rapport au réel enjeu de produire très rapidement des dizaine de milliers d’antiviraux dès qu’une souche du virus est identifiée.