

Le 5 septembre dernier nous rapportions les spéculations des médias quant aux noms des successeurs possibles de Jean-Marc Espalioux, président sortant du groupe Accor. Le magazine "Le Point", à l’origine de cette rumeur, avait bien pressenti la motivation des deux fondateurs Dubrule et Pelisson à placer le neveu Gilles Pelisson à la tête du quatrième groupe hôtelier du monde. En revanche, le même magazine influencé, comme les autres médias, pariait sur d’autres prétendants : Henri Giscard d’Estaing (Club Med), Jacques Stern (CFO d’Accor), Xavier Fontanet (Essilor), Christian Streiff (Saint-Gobain), Philippe Germont (Alcatel) et Thierry Antinori (Lufthansa). Ces noms ne pouvaient provenir du cabinet de chasse Russell Reynolds, mandaté pour trouver le remplaçant de M. Espalioux. Brigitte Lemercier de Russell vient par ailleurs de déclarer sa stupéfaction après cette fuite, sans doute pour calmer son amertume de voir s’envoler des honoraires confortables.
En réalité, des actionnaires de référence : la CDC, BNP Paribas et SocGen, membres du conseil de surveillance et du comité de nomination s’opposaient à la nomination de Gilles Pelisson. On peut ajouter un autre membre inquiet du conseil de surveillance, le fonds d’investissement Colony Capital, qui avait gagné son siège avec un apport de plus d’un milliard de dollars. D’autres sources rapportent son intention de prendre le contrôle d’Accor avec le soutien de Starwood Capital, récent acquéreur du groupe Taittinger.
Avant la fin du mois, le candidat proposé par Russell Reynolds est divulgué par Le Figaro le 30 septembre : Pierre Danon, Chief Operating Officer de Cap Gemini, aussi chargé du redressement des activités nord-américaines. Le Monde annonce sa démission forcée par le conseil de Cap Gemini le 7 octobre. Le 19 septembre, le même Danon était salué dans une petite dizaine d’articles pour les 50 millions de bénéfices de Cap Gemini. "Il était incompatible de garder un directeur général, officiellement sortant, pour retenir le trop grand nombre d’employés démissionnaires", confie un proche de Serge Kampf. Plus de deux cents articles, essentiellement en France, viennent de propager la démission de Danon entre le 7 et le 11 octobre.
Alors, à qui profite la divulgation du dernier candidat en lice sinon à l’oncle de Gilles Pelisson qui possèderait, avec son associé Dubrule, 3,5% du capital ? Une ultime négociation avec les banquiers permettra de nommer Serge Weinberg, président sortant de PPR au printemps dernier, au poste de Président et de voir quitter les fauteuils du conseil de surveillance des deux fondateurs d’Accor. Le groupe hôtelier prévoit de convoquer une assemblée générale extraordinaire (AGE) pour modifier les statuts afin de transformer la société en conseil d’administration.
Ce rebondissement opaque pour une bonne gouvernance d’entreprise ne satisfait pas encore tout le monde pour autant. Les actionnaires minoritaires représentés par Colette Neuville, l’APPAC ou même Deminor expriment leur souhait de remettre en jeu tous les candidats à la présidence d’Accor lors d’une prochaine AGE.
A partir du 16 janvier prochain, sans d’autres rebondissement d’ici là, Gilles Pelisson devra produire un effort particulier auprès des analystes et des médias pour donner de la visibilité à la stratégie d’Accor. Sa visibilité dans le volume des articles de Bouygues Telecom était inferieure pour moitié de celle de M. Espalioux dans une même périmètre d’analyse. Reste à savoir si le nouveau Pelisson qui abandonne la présidence de Bouygues Telecom (BT) suivra le même sort que l’opportuniste Pierre Danon qui retourne en Angleterre. Ce dernier avait quitté les télécommunications - BT group - en novembre 2004 pour rejoindre Cap Gemini et la liste des « serial offenders » dressée par le Financial Times. C’est-à-dire les patrons infidèles à leurs actionnaires qui ne servent que leur intérêt personnel et dont les déclarations ne propagent que le scepticisme.