

Les grandes signatures des médias et des agences de presse, dans les pays démocratiques, vont perdre progressivement le monopole de la création de l’actualité. Les consommateurs d’informations appellent de leurs vœux un moyen démocratique de contre-balancer la propagation et l’interprétation unique de l’actualité. Trop de journalistes sont enfermés dans une recette malheureusement gagnante : gros titre anxiogène sur les mêmes sujets que la presse concurrente.
Il suffit de regarder la mise en image des titres de GoogleNews sur Marumushi.com. - dont la taille est proportionnelle au nombre d’articles liés - pour s’apercevoir aujourd’hui que le récit de l’enlèvement d’Aurélia regroupe plus de titres que la nouvelle chancelière allemande. Autre preuve, la convocation mardi des patrons de chaînes de télévisions françaises par le Président Chirac pour travailler sur une autre représentation de "la réalité française d’aujourd’hui".
Dans moins d’une décennie le portail d’actualités gratuites de Google, ou celui qui lui succédera au palmarès des sites les plus visités au monde, juxtaposera les informations les plus diffusées par la presse à côté de celles des blogs sur les mêmes sujets. Simultanément, le portail d’informations affichera d’abord une comparaison quantitative sur un sujet traité par les médias et les blogueurs. Aujourd’hui, ces deux mondes ne sont pas accessibles sur la même page. A l’exception de certains portails comme allocine.fr, où la notation des critiques professionnels est affichée à côté de celle du public. Pour encourager le public-blogueur, autres témoins de l’actualité, il fallait trouver un moyen de financer leur contribution éditoriale. L’affiliation à un réseau de ventes en ligne de mots clés fait décoller les revenus de ces éditeurs anonymes. L’association IAB annonce une prévision de douze milliards de dollars investis dans la publicité en ligne en 2005. La croissance annuelle constatée sur les douze derniers mois est de 34% essentiellement due à la publicité associée à des mots clés. Pourtant ce marché ne pèse que 5% de la publicité globale.
D’autre part, les publications de la presse quotidienne n’ont connu de croissance significative de leur lectorat que sur Internet et dans les gratuits comme Métro. Mais leur expansion est limitée par les moyens financiers. D’ailleurs, on a constaté le dépôt de bilan de France Soir. Les grands quotidiens nationaux comme Le Figaro, Le Monde, l’Humanité ou Libération, en grève contre les licenciements programmés, sont régulièrement à la recherche d’argent frais. Bien évidemment, des milliers de journalistes freelances n’arrivent pas à vendre leur capacité éditoriale à ses marques de presse qui se battent en innovant pour conserver leur part de marché, voire simplement survivre.
Ces premières victimes de la mondialisation subissent une concurrence de la nouvelle société de l’information : Internet. Au dernier sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’est achevé à Tunis samedi dernier, il a été rapporté que seuls 850 millions de personnes disposaient d’un accès à Internet. Mais les statistiques prévoient plus de trois milliards d’individus en ligne avant 2015. Ce sont bien des lecteurs potentiels mais ce sont aussi des rédacteurs. Car la croissance des blogs est sans égale. On compte douze millions de blogs début 2005 et seulement la moitié serait alimentée par des adolescents. Le média Ohmynews.com, Sud-Coréen, est animé par plus de 30000 contributeurs indépendants. Déjà Wikipedia gère une encyclopédie avec 450000 articles, ouverts aux corrections de 150000 utilisateurs dans le monde. Il ne manque qu’un seul moteur et un seul carburant pour structurer et fédérer ces nouvelles sources d’informations : une initiative "Googlesque" pour regrouper les articles produits transversalement sur les blogs et le financement des blogueurs.
Ce mode de financement existe maintenant. Il est inspiré du brillant modèle économique de Google qui vend les résultats de son moteur de recherche aux annonceurs, qui préfèrent acheter des mots saisis par les Internautes, car ils génèrent plus de clics. Autrement dit, des publicités sous forme de textes affichés à droite des résultats de la recherche. Le succès est tel que Google propose son portefeuille d’annonceurs à des sites éditoriaux affiliés à son réseau « Adsense » en cédant une partie de leur marge. Ses concurrents comme MSN pratiquent la même stratégie commerciale.
Mais de nouvelles entreprises, motorisées par des technologies sémantiques plus ou moins puissantes, ont reconstruit un « Palais Brongniart » immatériel pour vendre aux enchères des mots à des annonceurs. Le succès est déjà vérifié aux Etats-Unis. Les éditeurs augmentent leurs revenus en vendant les mots contenus dans les articles. Ainsi, l’hebdo gratuit EconomieMatin.com qui connaît une croissance de son audience de plus de 50% par mois ou le magazine très rentable psychonet.fr font partie des éditeurs affiliés à Adintext, la première place de marché française pour la vente et l’achat automatiques de mots dans les articles. C’est une nouvelle manne financière, bien accueillie par les sociétés de presse.
D’autres journalistes aussi talentueux, mais sans éditeurs, vont rejoindre ceux qui ont déjà créé leurs blogs pour vendre aux enchères les mots contenus dans leurs articles. Ils vont enfin gagner leur vie. Et les annonceurs réduisent le coût d’acquisition de nouveaux clients. Bien que les lecteurs choisissent d’afficher l’encart publicitaire au dessus des mots, avec leur souris, les taux de clics sur ces « Adspots » varient entre 1% et plus de 10% ! Ces performances sont inégalées dans la publicité « classique ».